Île Brésil (Extraits)


Île Brésil commence par un hasard et une intuition. Pour diverses raisons je m’installe en 2013 dans la Zone Ouest de Rio de Janeiro. C’est un immense territoire, situé à plus de 50 kilomètres des lieux touristiques de Rio, mais qui fait néanmoins partie de la ville. Là je découvre des espaces à rebours des représentations habituelles : très peu de favelas, pas de quartier riche, une faible densité démographique, des friches gigantesques, des petits condominiums séparés d’autres condominiums par des murs ou des grillages. Du silence, du vide, des lieux sans frontière ni centre, des gens seuls, pas d’espace public. La sensation d’isolement n’est pas seulement géographique, mais aussi subjective, mentale. La métaphore de l’insularité semble omniprésente.

Au fur et à mesure de mon installation et des commandes que je commence à réaliser dans tout le Brésil, je découvre que ce type d’espace est très répandu dans le pays. Je commence donc à documenter le territoire où je vis désormais, le parcourant à pied, en bus ou en moto, sans bien savoir comment structurer cette documentation. La tension qui émane de ce monde suggère que quelque chose n’est pas à sa place, mais quoi ?

Puis je fais une rencontre décisive avec l’écrivain brésilien João Paulo Cuenca, qui s’intéresse à mon travail et met du sens sur mes questionnements. João trouve qu’en montrant ce Brésil “infraordinaire” qui n’est jamais donné à voir, je mets le doigt sur une réalité qui renvoie à son histoire. Il dit : “Dans le pays qui n’a pas fait sa révolution et qui n’a pas transcendé sa mémoire esclavagiste et ethnocidaire, les habitants sont comme prisonniers d’un présent permanent, sans conscience du passé ni possibilité de se projeter dans un futur réellement neuf”.
Avec cette clé de compréhension, les territoires que je photographie deviennent les pièces complémentaires d’un même puzzle dont la matière est collectée au gré de rencontres, d’indices, de correspondances. Mon travail est soigneusement pensé comme un tout géographiquement et socialement cohérent.

Fin 2018, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro - qui a fait toute sa carrière politique dans la Zone Ouest carioca -, est élu président. Je souhaite alors amplifier ma recherche en la confrontant à un autre territoire, similaire. Je quitte Rio pour m’installer dans le Grand São Paulo, l’immense périphérie circulaire de la plus grande ville d’Amérique Latine. Par un curieux effet de miroir, comme à Rio, l’espace public semble pulvérisé, les corps et les regards s’évitent.




Je passe trois années à sillonner en tous sens ce territoire, m’invitant chez les habitants, toujours guidé par la grille de lecture que m’a donnée João Paulo Cuenca.

Fin 2021, j’arrive au terme de mon travail sur le Grand São Paulo, mais j’ai le sentiment qu’il manque encore une pièce pour décrypter l’énigme. Je m’interroge. Repartir dans les marges d’un autre grand centre urbain brésilien ? Finalement je me dirige vers Brasília, minuscule capitale périphérique, construite à dessein au milieu d’un désert, loin de tout. Mon travail consiste à alterner entre le plan pilote - le centre de Brasília - et les villes satellites du District fédéral.

Comme à Rio, comme à São Paulo, on trouve à l’horizon des habitations de tailles diverses semblables à des casernes. A l’écart, on devine des zones de pouvoir - églises, ministères, universités, palais gouvernementaux - qui veillent sur d’immenses intérieurs vides. Particularité propre à Brasília : la machine gouvernementale y apparait telle qu’en elle-même, vestige d’un futur déjà révolu.

Les habitants que je photographie paraissent comme exilés. ils sont bel et bien dans l’image mais ils pourraient aussi être hors d’elle. Ils semblent n’appartenir à nulle part, ou plus précisément à ce nulle part où ils sont photographiés.

Mais il y a pourtant quelque chose de plus grand qui les rassemble. Une lueur au fond de leur regard sombre, quelque chose de calme et de puissant, en attente d’une éruption. 

Cette intuition fait dire à Cuenca qu’il y a “toujours de l’espoir pour que naisse sur les décombres de l’ancien nouveau monde, un monde réellement nouveau”. Ici réside une partie de l’énigme brésilienne, dans ce pays où la lumière éclaire autant qu’elle occulte, où l’idée de résistance s’appréhende dans une dualité ambiguë : force de mouvement mais aussi obstacle au changement.

Dix ans d’immersion personnelle sans compromis auront été tout juste nécessaires pour commencer à esquisser les contours de cette fascinante singularité.
Lire le texte de B. Meyerfeld

Lire le texte de J.P Cuenca
   























Retour à Altamira


Il y a 17 ans, je me rendais à Altamira, une ville de l'État du Pará, bordée par le fleuve Xingu, en pleine Amazonie brésilienne. À l'époque, c'était mon premier déplacement au Brésil. Langue, habitants, histoire : je ne connaissais presque rien de ce pays. J'étais loin d'imaginer que j'allais lui consacrer près de deux décennies de ma vie, en habitant successivement dans la Zone Ouest de Rio, le Grand São Paulo, puis Brasília et le District fédéral. Des années à travailler notamment sur un projet personnel intitulé Île Brésil, qui a pris la forme, à l’automne 2025, d'une monographie parue aux éditions Dunes.

Mais que s'est-il passé au printemps 2008, dans la poussière et la chaleur d'Altamira ? Un déclic ? Un coup de foudre ? Un choc ? Je me suis souvent posé ces questions, sans trouver la réponse. Et puis, comme c'est parfois le cas lorsqu'un long cycle s'achève, l'envie de revenir sur mes pas, de retourner dans ce lieu où s'origine une partie de mon histoire, a fait son chemin. Une envie doublée du besoin de donner un contexte, un horizon peut-être, au travail que j'ai réalisé toutes ces années au Brésil. Si déclic il y a eu, cela aura été de relire les dernières lignes du texte puissant que l'écrivain et ami João Paulo Cuenca a consacré à mon projet Île Brésil. João y pose une question, grande ouverte : "le monde s'achève peut-être là. Peut-être aussi que la fin du monde a déjà eu lieu, et que nous sommes face à ses cendres encore chaudes ? Ou peut-être est-ce ici que naitra, sur les décombres de l'ancien nouveau monde, un monde réellement nouveau ?"

Entre juillet et août 2025, je suis donc retourné à Altamira. Les images de ce projet, extension logique de Île Brésil, suivent ici. Pour les réaliser, j’ai notamment utilisé des films analogiques périmés avec lesquels je m’étais rendu au Brésil en 2008.



















Murs | Amazonie


En marge du travail que j'ai consacré à la ville d'Altamira (et sa région), j'ai été frappé par le grand nombre de murs sans aucune utilité que l'on y rencontre. Dans une région du Brésil où la question de la propriété (et de l'appropriation) des terres est depuis toujours centrale et explique une violence endémique, où la seule loi qui vaille est celle du plus fort, ces murs disent beaucoup d'une culture, d'un état d'esprit.

Un mur, classiquement, délimite un terrain, une propriété. Mais ce n'est pas le cas en amazonie brésilienne. Des murs y surgissent, petits ou grands, intacts ou ébréchés, rectilignes ou à angles droits, et n'ont pas d'autre utilité dans le paysage que d'être là : des murs inutiles au milieu de nulle part. La récurrence de cette vision, et son incongruité au Brésil, pays où je vis et travaille depuis 15 ans, m'ont décidé à documenter cette singularité.






















Edifício Copan


Immersion dans le Copan, le plus grand immeuble d'habitation d'Amérique latine, icône de São Paulo et du génie d'Oscar Niemeyer, véritable baromètre des pulsations du Brésil. Ce qui était initialement une commande s'est transformée au fil du temps en projet personnel sur lequel je travaille encore aujourd'hui.



















Installations audiovisuelles (Extraits)


En parallèle de la partie photographique du projet Île Brésil, Vincent Catala a souhaité retrouver par l’image animée et le son des sensations présentes tout au long de ce travail : espace, silence, symboles. Il explique : ”Ce sont des indices qui, ensemble, composent un seul récit”. Il est donc retourné sur des lieux qui lui étaient familiers et qui font partie des zones qu’il a photographiées. Le résultat est une série de plans séquences courts qui ont en commun de prolonger et d’élargir l’univers imagétique dépeint par l’auteur.

L’artiste Charlotte Sarian a composé une bande son propre à chacun de ces films. S’inspirant toujours des enregistrements réels captés sur place par le photographe, elle a développé une écriture électroacoustique, simultanément instrumentale et expérimentale. Le résultat est un univers sonore unique, comme une passerelle entre ce qui se voit, ce qui s’entend, et ce qui se ressent.

Cette proposition audiovisuelle prend la forme de capsules vidéos avec son intégrées à la scénographie d’exposition du projet Île Brésil.




Vidéo, son / 4’26’’ | Lien vers le film



Dans la troisième vidéo, une jeune femme se tient debout, fixant la caméra. À sa gauche, une pente raide de couleur sombre. En arrière plan un paysage montagneux de forêt tropicale. On est à Cubatão, en périphérie de São Paulo, dans une exploitation industrielle appartenant à l’entreprise Petrobras, l’un des endroits les plus toxiques du pays. La terre y est noire car elle est recouverte d’un manteau de goudron. Durant plus de deux siècles Cubatão a été l’un des foyers des Bandeirantes, ces groupes de chasseurs d’esclaves emblématiques de la colonisation au Brésil. Le son qui accompagne cette vidéo a été enregistré directement sur les immenses canalisations de Petrobras, situées à quelques mètres de ce plan séquence. Il s’agit de tubes métalliques qui font descendre le gaz de la montagne vers la vallée. Le bruit est sourd, lancinant, régulier. Comme une pulsation inquiète et inquiétante.

Vidéo, son / 1’ |   Lien vers le film


L’objectif fixe un pin légèrement agité par le vent. On devine la structure d’un immeuble d’habitation, un jardin, et, omniprésente, une brume épaisse à la clarté laiteuse typique des hauteurs de Rio de Janeiro en hiver. La bande son capte les bruits de l’immeuble : un générateur électrique puis une radio qui crachotte.

Vidéo, son / 1’ | Lien vers le film


Un deuxième plan séquence montre un tronçon de la Rodovia dos Imigrantes, l’une des principales autoroutes d’accès à São Paulo. La nuit tombe, une tempête menace. Des camions se déplacent entre les nuages, semblables à de gros animaux fuyant on ne sait quoi.

Vidéo, son / 3’40’’ | Lien vers le film



Littoral angolais, sud de Luanda

Après dix ans d’immersion entre Rio, São Paulo et Brasília, a surgit l’envie de remonter le fil d’une partie de l’histoire du Brésil. Un récit où l’océan Atlantique s’impose comme l’espace originel qui relie trois côtes : portugaise, angolaise, brésilienne. Ces eaux ont vu l’histoire et contiennent encore sa mémoire. Trois films courts ont donc été réalisés : près de Lisbonne d’où sont partis les colonisateurs, au sud de Luanda d’où ont été embarqués les esclaves, dans la région de Salvador de Bahia, l’un des premiers points au Brésil où ont débarqués les uns, puis les autres. Saisis dans toute leur puissance sensorielle et métaphorique, ces plans d’horizons marins sont destinés à convoquer - et à interroger - le poids d’une histoire partagée.


Vidéo, son / 3’40’’ | Lien vers le film



Littoral portugais, nord de Lisbonne

Après dix ans d’immersion entre Rio, São Paulo et Brasília, a surgit l’envie de remonter le fil d’une partie de l’histoire du Brésil. Un récit où l’océan Atlantique s’impose comme l’espace originel qui relie trois côtes : portugaise, angolaise, brésilienne. Ces eaux ont vu l’histoire et contiennent encore sa mémoire. Trois films courts ont donc été réalisés : près de Lisbonne d’où sont partis les colonisateurs, au sud de Luanda d’où ont été embarqués les esclaves, dans la région de Salvador de Bahia, l’un des premiers points au Brésil où ont débarqués les uns, puis les autres. Saisis dans toute leur puissance sensorielle et métaphorique, ces plans d’horizons marins sont destinés à convoquer - et à interroger - le poids d’une histoire partagée.


Vidéo, son / 3’40’’ | Lien vers le film



Littoral brésilien, Salvador de Bahia

Après dix ans d’immersion entre Rio, São Paulo et Brasília, a surgit l’envie de remonter le fil d’une partie de l’histoire du Brésil. Un récit où l’océan Atlantique s’impose comme l’espace originel qui relie trois côtes : portugaise, angolaise, brésilienne. Ces eaux ont vu l’histoire et contiennent encore sa mémoire. Trois films courts ont donc été réalisés : près de Lisbonne d’où sont partis les colonisateurs, au sud de Luanda d’où ont été embarqués les esclaves, dans la région de Salvador de Bahia, l’un des premiers points au Brésil où ont débarqués les uns, puis les autres. Saisis dans toute leur puissance sensorielle et métaphorique, ces plans d’horizons marins sont destinés à convoquer - et à interroger - le poids d’une histoire partagée.

Vidéo, son / 0’55’’ | Lien vers le film



Deux plans séquences sont tournés en périphérie de Brasília. A gauche on découvre une scène de drift, le nom donné à des compétitions de voitures aux moteurs trafiqués, qui exécutent des figures circulaires en brûlant au maximum la gomme de leurs pneus avant que le moteur ne lâche. C’est une spécialité propre à la région du District Fédéral - en tête de la production nationale d’éthanol et de caoutchouc - qui attire toujours un public nombreux et principalement masculin. A droite, deux jeunes femmes assises dans un canapé regardent fixement un écran que l’on ne voit pas. Entre les deux plans s’installe un huis clos circulaire qui renvoie aux arabesques étrangement paresseuses des véhicules, comme une métaphore de l’absurde vouée à se répéter en boucle, mue par on ne sait quel engrenage.
Vidéo, son / 2’25’’ | Lien vers le film



Deux plans séquences sont tournés le 31 octobre 2022 à Brasília, le jour suivant l’élection présidentielle. Dans les deux cas des hélicoptères survolaient la scène. Le bruit de leurs rotations, tantôt fort, tantôt plus bas, crée la base d’un univers sonore curieusement similaire et qui finit par s’imposer avec une insistance inéluctable. À gauche on découvre l’entrée du Congrès National, le parlement brésilien. Le bâtiment est austère et parfaitement ordonné. Il semble dominer, voire écraser un homme seul - probablement un fonctionnaire - à la démarche hésitante, voire erratique. Le Congrès sera envahi et saccagé dix semaines plus tard par les partisans de l’ex-président Jair Bolsonaro. La scène qui se déroule à droite est tournée quelques heures plus tard et à peu de distance, en marge du plan pilote de Brasília. Dans un décor chaotique et typique des périphéries brésiliennes, un groupe de soutien au candidat d’extrême droite bloque une autoroute. Le phénomène va se répéter dans tout le Brésil et paralyser une partie du pays dans les derniers mois de 2022.


Mon corps est politique (Extraits)



Ces images sont extraites d’un travail portant sur la communauté LGBTQIA+ (et tout particulièrement transgenre) de São Paulo, très active dans la plus grande ville d’Amérique latine. Commencé en 2019 au début du mandat de Jair Bolsonaro, puis se prolongeant avec la pandémie, ce projet se poursuit aujourd’hui dans un nouveau contexte politique. Le photographe y met en lumière la résistance et la vitalité de cette communauté, malgré la violence et le rejet émanant d’une partie de la société. Il accompagne le quotidien de ses membres, entre performances artistiques, événements de visibilisation et moments plus intimes captés dans le quotidien.

Cette approche se double au fil du temps d’une collaboration avec Vicenta Perrotta, fondatrice de l’atelier «Trans Moras», un lieu d’accueil et de conseil aux personnes transgenres en situation de rue, situé en périphérie de São Paulo. L’artiste et activiste trans est photographiée dans des lieux tels que le Congrès National (à Brasília), une banque, des terrains appartenant à des groupes commerciaux, la rue. L’objectif est de confronter des lieux normés et transphobiques de l’espace public brésilien à la corporalité transgenre. Le projet questionne l’origine de cette transphobie et les moyens de lutter contre. Il s’agit de suggérer une prise de conscience permettant la formulation d’alternatives radicales pour le futur.

Le travail qui en résulte opère un va-et-vient permanent entre le corps intime et le corps social, faisant ainsi écho à l’ambivalence de la société brésilienne, partagée entre la violence de l’exclusion et le désir profond de changement.



Lire l'intervention de Vicenta Perrotta




Créer des déserts (Extraits)


“Voici un pays où gouverner revient à créer des déserts”



Ce cri de désespoir a été prononcé par l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro lorsqu’il a appris l’incendie du Musée National de Rio de Janeiro en septembre 2018 - la pire catastrophe muséologique de l’histoire du pays -. Pour moi, cette phrase très forte marque une prise de conscience et le point de départ d’un projet actuellement en cours de finalisation, qui accompagne et prolonge les séries Île Brésil et Mon corps est politique.
Les images que je dévoile ici concernent le rapport de prédation qu’entretient le Brésil avec son propre environnement naturel.

Dès mon installation, et au fur et à mesure de mon enracinement, j’ai très vite perçu que le rapport au milieu ambiant - quasi systématiquement envisagé comme un bien d’exploitation, pas de préservation - relevait d’un état d’esprit singulier, propre au Brésil. Mais il m’aura fallu plusieurs années pour commencer à décrypter cette singularité, tant ce pays où “la lumière éclaire autant quelle occulte” - comme le disent eux-même les brésiliens - est d’une fascinante complexité.

Au Brésil, le mécanisme de la conquête commence, étymologiquement, avec l’invasion du territoire par les Portugais au début du 16 ème siècle. L’appropriation forcée des terres est immédiatement prolongée par le mise en œuvre du travail forcé, qui s’appuie sur la traite transatlantique des esclaves - la moitié d’entre eux, à l’échelle mondiale, sera déportée au Brésil -.

Viennent ensuite des cycles économiques d’exploitation - toujours liés aux matières premières : hier canne à sucre et café, aujourd’hui agriculture intensive et hydrocarbures - qui façonnent la topographie du pays et sa sociologie.






Historiquement, et cela n'a pas changé aujourd’hui, la prédation de la nature a toujours été encouragée par le gigantisme du Brésil, son isolement, et le fait qu’il est constitué pour une bonne part d’immenses territoires largement déserts. Jusqu’à un passé récent, il était difficile de donner une coloration politique spécifique à cette culture de l’exploitation du milieu naturel, tant elle relevait d’une mentalité ayant infusé dans toutes les strates de la société. Mais depuis une dizaine d’années, un bloc conservateur et d’extrême droite - toujours très puissant malgré la défaite de Jair Bolsonaro aux élections présidentielles de 2022 - incarne et promeut une prédation inédite dans son intensité et qui, en termes environnementaux, constitue une menace pour le futur du Brésil et bien au-delà.

Par un jeu pervers d’alliances idéologiques et de convergences d’intérêts économiques, ce mouvement réunit les tenants de l’ordre aux représentants du puissant secteur agro-industriel. Dans les collèges militaires, dont le nombre a explosé en une décennie, on enseigne la discipline et l’amour de la patrie. Les pasteurs évangéliques véhiculent le même discours, en lui donnant une assise spirituelle et millénariste. L’agronégoce, qui règne en maître dans le centre ouest du pays et supplante désormais en richesse et en pouvoir les élites traditionnelles du sud, s’appuie sur l’immense popularité de la culture sertaneja pour imposer ses valeurs rurales et conservatrices.

Leur message est très simple : Dieu a donné au Brésil des ressources naturelles presque illimitées. L’exploitation à une échelle industrielle de ces richesses est un acte patriotique qui ne concerne que les Brésiliens. Posé en 2018, le sombre diagnostic d’Eduardo Viveiros de Castro n’a jamais semblé plus actuel et prémonitoire.




NNIPAS
(Extraits)


Le projet NNIPAS (acronyme de Nous N’Irions Pas Si) est un travail collectif qui s’inspire du situationnisme de Guy Debord et a donné lieu à plusieurs résidences artistiques en France, en Angleterre et en Jordanie. Le protocole NNIPAS est simple : se confronter quelques jours à un lieu, urbain ou pas. L’ambition du projet est de livrer une interprétation de ce lieu en proposant un univers créé à partir de situations éprouvées. Ce sont ces situations qui déterminent l’agencement des histoires pour n’en former qu’une seule.